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Timothy J. Anderson, Clara Agustoni, Anika Duvauchelle, Vincent Serneels et Daniel Castella

Des artisans à la campagne. Carrière de meules, forge et voie gallo-romaine à Châbles

Academic Press Fribourg Archéologie Fribourgeoise, n° 19 Fribourg 2003, 392 p.

ISBN 2-8271-0971-9

Cette étude porte sur un ensemble artisanal et rural gallo-romain fouillé entre 1995 et 1999 dans le Canton de Fribourg, Suisse. Fréquenté entre la seconde moitié du Ier et le IIIe siècle apr. J.-C., le site réunit une carrière de meules, une carrière de blocs, une forge, une voie et deux bâtiments légers à vocation d'habitat.

Les deux premiers chapitres définissent le cadre archéologique régional et le cadre naturel dans lequel s'insère le gisement. Le troisième chapitre évoque brièvement les sites pré-et protohistoriques découverts dans les alentours immédiats de l'ensemble gallo-romain et le quatrième chapitre présente la situation générale des vestiges de l'occupation principale de la période gallo-romaine.

Le cinquième chapitre, « la carrière et le travail de la pierre », est consacré à l'exploitation antique du grès coquillier, communément appelé «pierre de la Molière » (lat. mola, meule). Deux carrières successives sont en effet attestées sur le site, pour l'extraction d'ébauches de meules puis de blocs. De la carrière de meules ont été extraites des ébauches cylindriques d'environ 0,45 m de diamètre, transformées ultérieurement en moulins à bras. Cet ustensile fondamental, destiné à la mouture des céréales, réunit deux pierres circulaires superposées, le catillus et la meta. Les marques des outils du carrier sont particulièrement bien conservées sur les fronts et le sol de la carrière, ainsi que sur des ratés de fabrication. La lecture de ces traces, couplée à des expérimentations réalisées avec des tailleurs de pierre, permet d'établir les étapes et les techniques des travaux d'extraction et de dégrossissage. Pour l'extraction de l'ébauche, l'outil principal était le pic (percussion lancée). Il sert d'abord au creusement de la tranchée courbe, produisant des sillons multiples diagonaux sur les fronts, puis au détachement du cylindre de la masse rocheuse, dont témoignent des traces horizontales rayonnantes dessinant comme des cadrans d'horloge. Les étapes ultérieures de mise en forme (dégrossissage, façonnage et ajustage) sont réalisées au moyen d'outils à percussion posée (broche et ciseau). Evalué sur la base des dimensions de la carrière et de l'étude des traces, le nombre de cylindres extraits est estimé à environ 450. La céramique issue du remplissage de cette partie de la carrière suggère une datation assez haute, soit à partir de la fin du Ier siècle apr. J-C. La durée de cette exploitation n'a sans doute pas excédé quelques années. Les pages consacrées à la carrière de meules s'achèvent sur une discussion des différents modèles de production des meules (exploitation de blocs de surface et extraction en carrière) et sur quelques réflexions relatives à la distribution antique des meules sur l'actuel territoire suisse. Le recensement systématique des meules déposées dans les collections helvétiques et l'établissement de cartes de répartition des meules en fonction de leur pétrographie montrent clairement que le moulin en grès coquillier était très largement prédominant sur la plus grande partie du Plateau suisse. La deuxième partie du chapitre est consacrée à la carrière de blocs, exploitée en fosse et située dans le prolongement de la carrière de meules.

Le long chapitre, « la forge et le travail du fer », s'ouvre sur une présentation générale de la métallurgie du fer à l'époque romaine. A Châbles les activités de forgeage du fer sont attestées par des résidus, notamment environ 700 kg des scories de fer. L'organisation spatiale de la forge comprend une description détaillée des structures qui permet de restituer un petit bâtiment rectangulaire à élévation et toiture légères. Le deuxième grand volet du chapitre est consacré à une étude très minutieuse des nombreux déchets métalliques. La datation de la forge est fixée d'après la céramique au tournant des Ier et IIe siècles apr. J-C., soit contemporaine de la carrière de meules. La production et la réparation d'outils utilisés dans la carrière de meules contemporaine semblent probables. Toutefois, au vu de l'estimation de la quantité de fer travaillée (5 tonnes), l'hypothèse d'une distribution de produits variés à l'échelle régionale apparaît vraisemblable.

Le chapitre, « la voie et les transports », est consacrée à la présentation de la voie, explorée sur un tronçon d'environ 300 mètres. Plusieurs arguments, notamment sa largeur de six mètres et la qualité de sa construction, laissent penser que le tronçon de voie de Châbles se rattache à un itinéraire majeur reliant deux centres antiques. La plus grande partie du radier est constituée de pierres morainiques. De nombreux déchets de taille de grès coquillier, concentrés dans la zone centrale de la voie, sont postérieurs à sa construction et proviennent de la carrière de meules. L'extrémité orientale de la voie, en revanche, a été aménagée originellement avec des déchets de carrière - des meules avortées - témoignant d'une meulière plus ancienne. Une série d'éléments de datation permettent de penser que la voie était déjà en activité vers le milieu du Ier siècle de notre ère, ce qui en fait l'aménagement gallo-romain le plus ancien du site.

Le huitième chapitre dédié à l'habitat et aux activités domestiques est subdivisé en trois parties, consacrées respectivement à l'habitat Est, à l'habitat Ouest et à la présentation du mobilier lié aux activités domestiques. La phase précoce d'occupation est matérialisée par le bâtiment Est, une construction légère à poteaux de bois. Construit parallèlement à la voie, le bâtiment est, selon l'étude du mobilier, contemporain de la forge et de la carrière de meules. Le voisinage de cette dernière laisse penser que cette bâtisse a pu servir de résidence au carrier.

Le neuvième chapitre est consacré à une présentation de la distribution spatiale des diverses catégories de mobilier, accompagné d'une série de cartes de répartition et de tableaux suivi de plusieurs études spécifiques dédiées en particulière à la céramique aux objets métalliques.

La conclusion de l'étude met en lumière quelques aspects du travail de la pierre et du fer en contexte rural. Il ouvre la possibilité de spéculer à la fois sur l'interaction des divers éléments constitutifs du site et sur le fonctionnement de l'économie régionale. Durant la première phase d'occupation du site, le forgeron entretenait l'outillage du tailleur de meules. Ces artisans résidaient sans doute sur place, respectivement dans le bâtiment-atelier de la forge et dans le bâtiment Est. La voie facilitait à la fois l'importation de la matière première (lingots de fer) et des produits de subsistance et l'exportation des ébauches de meules et des productions de la forge. Suivent quelques spéculations relatives à la nature des diverses activités et occupations du site (permanentes ou saisonnières?) ainsi qu'au statut socio-économique des résidents. La fouille et l'étude de l'ensemble mettent en évidence l'intérêt d'un enregistrement minutieux et d'une analyse approfondie des données de terrain et du mobilier sur un site de cette nature.

Les auteurs :

Timothy Anderson, archéologue basé à Granada, Espagne. Il a travaillé des nombreuses années auprès du Service archéologique de l'état de Fribourg, Suisse. Clara Agustoni est directrice du Musée Romain de Vallon et travaille pour le Service archéologique de l'état de Fribourg. Anika Duvauchelle est une archéologue spécialisée dans l'outillage antique en fer. Daniel Castella, de l'entreprise «Avec le temps », est spécialiste de la période gallo-romaine. Vincent Serneels, spécialiste de la paléo-métallurgie, est professeur de l'Institut de Mineralogy and petrography de l'University of Fribourg.
 



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